Contre la loi Pecresse ...
On parle beaucoup de la loi Pecresse ou "loi relative aux Libertés et Responsabilités des Universités" dite loi LRU du 10 août 2007 tout en ne connaissant pas vraiment son contenu. Un article intéressant trouver sur ce blog (http://www.daniellesimonnet.org/index.php?option=com_content&task=view&id=68&Itemid=61)
""Les mobilisations sociales s’amplifient sur tous les fronts. Dans cet article rédigé par Georges SIDERIS, Enseignant chercheur et militant socialiste de notre section, nous vous invitons à prêter la plus grande attention au mouvement qui s’organise sur les universités.
La mobilisation a pris une très forte ampleur sur les Universités contre la « loi relative aux Libertés et Responsabilités des Universités » dite loi LRU du 10 août 2007.
Ce mouvement est très important car c'est tout le service public d'enseignement supérieur que cette loi remet en cause.
Il faut voir que cette loi est la première étape à une remise en question du service public d’enseignement supérieur.
C'est le président de l’université qui recrute librement le personnel. Les charges de service sont modulables et il n'y a plus de commissions de spécialistes pour le recrutement des enseignants-chercheurs. Le président peut recruter des contractuels, en contrat à durée déterminée ou indéterminée, y compris pour des postes d’enseignement ou de recherche. Ce sont donc les statuts nationaux qui sont remis en question. D’ailleurs le service des enseignants-chercheurs devient modulable en quantité horaire et dans la nature des tâches (enseignement, recherche, administration). Les primes deviennent aussi modulables.
Chaque université est désormais responsable de son budget, qui est un budget global, comprenant pour les dépenses la masse salariale de tous les personnels, le budget de fonctionnement et les investissements nécessaires. Certes l’Etat continue à verser à l’université une enveloppe de crédits comportant en particulier le montant des salaires. Mais la loi est en fait la porte ouverte à un désengagement croissant de l’Etat. Il est clair que l’université devra de plus en plus se débrouiller pour trouver de l'argent pour son budget. Il est prévisible que pour des raisons budgétaires, les présidents vont recruter de plus en plus de vacataires. Il n'y aura plus qu'un minimum d'enseignants-chercheurs recrutés en fonction du "profil" choisi par l'université et en liaison évidemment avec les choix budgétaires et les contraintes de financement, en particulier les demandes des bailleurs du privé.
Les entreprises vont avoir une place essentielle dans les conseils d'administration resserrés mis en place, le CA comportant de 20 à 30 membres. L’importance n’est pas fonction du nombre. Trois représentants d’entreprises dans un CA auront un poids stratégique de première importance si ces entreprises sont des contributeurs massifs au budget de l’université via la fondation créée à cet effet. Il suffit de songer aux grands groupes industriels et financiers qui pourront désormais donner leur avis sur la politique de formation et de recherche. L’offre de formation et les orientations dans la politique de recherche devront inévitablement s’inscrire dans les demandes de ces entreprises contributrices décisives au budget universitaire. Que deviendront les disciplines littéraires ou de sciences humaines qui n’intéressent pas au premier chef ces entreprises ? La possibilité offerte aux étudiants de suivre à travers toute la France des cursus dans toutes les disciplines existantes ne sera plus dans quelques années qu’un souvenir.
L’autonomie totale implique à terme la concurrence entre universités et la spécialisation. Les petites universités ne pourront survivre qu’en se spécialisant dans un domaine très précis, lié aux entreprises locales, auquel elles consacreront tous leurs moyens, et pour lequel elles obtiendront le soutien financier de ces entreprises. De toute façon elles ne seront pas concurrentielles dans les autres domaines face à des universités plus prestigieuses et mieux dotées.
La loi LRU ne permet pas à une université de fixer librement les droits d’inscription pour les étudiants. Mais la logique d’autonomie budgétaire conduit inévitablement vers cette liberté. Les universités autonomes réclameront cette possibilité pour pouvoir boucler leurs budgets, en particulier payer les frais d’entretien des bâtiments mais aussi payer le matériel nécessaire (ordinateurs, machines et produits dans les universités scientifiques et autres), ou toutes les activités annexes, optionnelles. Avec l’autonomie il est de l’intérêt des universités d’attirer les étudiants qui ont le plus de capital culturel et financier. Il est prévisible que les droits d'inscription exploseront. Même si le gouvernement le nie pour le moment pour d'évidentes raisons de tactique, c'est inscrit dans la logique du nouveau statut. Comment les facs pourraient-elle boucler leurs budgets autrement ?
La sélection à l'entrée de l'université risque de revenir. Les universités demanderont d’être libres de fixer les conditions d’inscription et la sélection potentielle des étudiants dans chaque filière. Rappelons nous qu’en 1986, le très fort mouvement étudiant s’était justement constitué contre cela.
Parallèlement, et ça va ensemble, le CNRS est transformé en simple agence de moyens. C'est toute la recherche qui est bouleversée.
Cette réforme traduit un inquiétant désengagement de l'Etat. Jamais l'université et la recherche n'ont connu de tels bouleversements dans leur existence même, depuis l'après-guerre. L’égalité de toutes et tous dans l’accès au savoir est remise en cause. L’idée même que la production et la transmission du savoir et de la culture relèvent de l’intérêt général est abandonnée. Alors que pour les républicains que nous sommes, c’est une condition essentielle de notre projet émancipateur.
Il n'y a qu'une solution si on veut maintenir un service public d'enseignement supérieur et de recherche, la remise en question de cette loi.
Non seulement les inquiétudes des étudiants ne sont pas infondées mais on peut même s’étonner que l’ensemble de l’éducation nationale, y compris le primaire et le secondaire ne s’inquiètent pas de cette loi. On ne voit pas pourquoi après la loi LRU le gouvernement n’étendrait pas l’autonomie à tous les établissements du secondaire et même du primaire. Il ne s’agit pas d’une vision utopique. La remise en question de la carte scolaire ne conduit-elle pas à la mise en concurrence des établissements, afin d’attirer les élèves les plus favorisés ? Qu’est-ce qui pourrait interdire à ce gouvernement, si la loi LRU s’applique, de décider de l’autonomie globale des établissements du secondaire, qui sont déjà dotés de CA, au nom de la « responsabilisation », de « l’efficacité » et de « l’amélioration du service » ?
Le supérieur n’est peut-être que la première étape d’une libéralisation et une mise en concurrence totale du service d’éducation en France.
Georges Sidéris
Maître de conférences. ""