Jacques Delors : "Cette élection vaut mieux que d’effrayer les Français"

Publié le par PS Annonay

Le Progrès : Les Français sont européens mais peu concernés par cette élection. Pourquoi ?

 


Jacques Delors :

C’est le paradoxe, car la proportion de Français favorables à la construction européenne ne descend jamais en dessous des deux tiers. Ils ne sont a priori pas concernés par cette élection, notamment parce que le cadre du débat politique demeure la nation. Si à travers les medias, on ne parle pas d’Europe, il ne faut pas ensuite s’étonner.

 


Qui porte la responsabilité de la mauvaise image des institutions européennes ?

 

Avant tout les gouvernements nationaux ! Quand cela va bien, c’est grâce à leur intelligence et à leurs muscles, et quand cela va mal, c’est de la faute de Bruxelles !

 

On oppose l’Europe sociale et l’Europe libérale. Est-ce réducteur ?

 

Lors des élections précédentes, j’aurais dit que cette distinction était ambiguë car en matière sociale, une grande partie des pouvoirs demeurent à la nation. Aujourd’hui, cela a plus de sens, compte tenu des dérives de l’idéologie financière. Il est vital qu’il y ait une réaction avec comme objectif l’Europe sociale.

 

Les députés sont élus pour 5 ans. Comment rêvez-vous l’Europe de 2014 ?

 

Je rêve d’une très grande Europe, qui aura une influence considérable sur les pays au-delà de sa frontière, qui sera gérée par des règles communes et qui défendra nos intérêts au niveau mondial.

A côté de cette grande Europe, il devra y avoir un groupe de pays qui aille plus loin et qui entraîne les autres comme pour les accords Schengen ou pour l’UEM. S’il avait fallu attendre l’unanimité des pays, nous n’aurions pas eu l’Euro dont tout le monde dit maintenant qu’il nous protège !

Il faut à la fois un ensemble large, car nous avons des devoirs historiques (notamment vis-à-vis des pays des Balkans), mais qui ne peut pas aller au rythme nécessaire de l’histoire et une avant-garde dynamique. Je souhaite, par exemple, la création d’une communauté européenne de l’énergie, car la divergence de nos intérêts dans ce domaine nous est très préjudiciable.

 

 

M. Sarkozy a-t-il été un bon président de l’UE ?

Il est arrivé en pleine crise ; il a secoué l’arbre. Mais je n’irai pas jusqu’aux excès de louanges, qu’il s’agisse de la Géorgie ou de Gaza. Il a remué l’Europe comme d’autres l’avaient fait auparavant face à une crise. Cette élection vaut mieux que d’effrayer les Français comme Sarkozy va le faire dans les derniers jours en parlant d’immigration, de sécurité ou de la Turquie. Ce n’est pas digne.

 

Mais les partis de gauche ont mis en avant leur anti sarkozysme…

 

Pas de naïveté ! Les élections entre les présidentielles sont toujours un moyen pour les opposants de critiquer le pouvoir et ils ont beaucoup de motifs pour le faire. Mais les socialistes français ont obtenu une plateforme commune de tous les européens avec des mesures significatives et réalistes pour l’Europe. En tant que Français et Européen, je m’en réjouis.

 

Pourquoi soutenir Vincent Peillon ?

 

C’est un homme dont j’apprécie le travail intellectuel et qui représente un avenir pour la politique française. C’est un choix mûrement réfléchi, en plus du soutien que j’apporte aux socialistes au niveau national. 

 

Comment jugez-vous les premiers mois de Martine Aubry à la tête du PS ?

 

Très positifs. Elle n’a pas cédé à la politique spectacle et elle a mis le PS au travail. Elle a ouvert les portes aux syndicalistes, aux associations et aux intellectuels. Cela devrait porter ses fruits.

Le 7 juin, voter social, c’est voter socialiste.

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Publié dans Dans les médias

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