Point de presse de Bruno Julliard, secrétaire national à l’Education du Parti socialiste à propos de la rentrée scolaire

Publié le par PS Annonay

Le 1 septembre 2009

Bruno JULLIARD secrétaire national à l’Éducation

Benoît HAMON, Porte-parole

Nous vous accueillons aujourd’hui pour un point presse sur la rentrée scolaire. Nous avons l’intention d’aménager les lieux pour améliorer vos conditions de travail.
Bruno JULLIARD va faire le point sur les informations dont nous disposons sur la rentrée et sur les lacunes qui caractérisent le gouvernement en matière d’Éducation. Nous souhaitons qu’il agisse sans dogmatisme et sans sectarisme et qu’il tourne le dos aux échecs de Xavier DARCOS.

 

Intervention de Bruno JULLIARD

Cette rentrée est marquée par une dégradation des conditions de travail des enseignants et des conditions d’études des élèves, de la maternelle à l’enseignement supérieur. D’abord par des réductions massives de postes conjuguées à des réformes de régression.

En dépit du changement de ministre, ce qui a mis un terme à la relation difficile entre la communauté éducative et le ministre précédent, qui avait du mal à poursuivre un dialogue constructif, ce nouveau ministre est d’abord un communicant. Il agit parfois jusqu’à l’excès, avec des dérapages regrettables, ce que nous avons pu constater dans un centre commercial récemment. C’est un ministre flambeur, copie conforme de son prédécesseur.
Ses premières déclarations politiques sont dans la lignée de son prédécesseur, notamment concernant les réductions de postes et de moyens alloués à l’Éducation.

13500 emplois de moins au budget 2009, ce sera autant de personnels en moins pour s’occuper des enfants, contrairement à ce que prétend le gouvernement. Dans les 5 dernières années, ce sont plus de 43 000 postes qui ont été supprimés. Simplement dans le second degré, dont 6500 cette année. Luc CHATEL a déjà provisionné 16 000 emplois pour le budget 2010.

Un des arguments déployé par le gouvernement est de nous dire qu’il s’agit de redéploiement et que par conséquent, il n’y a pas de baisse du taux d’encadrement, ce qui est en réalité une erreur.

Prenons par exemple la suppression des remplaçants. Nous aurons un besoin important de remplaçants. En les supprimant, on manquera aussi par conséquent d’enseignants devant les élèves. Le second argument est de considérer par exemple que ceux qui travaillent dans les bibliothèques ne remplissent pas de tâches éducatives, ce qui est une conception restrictive de l’Éducation. Enfin, l’évolution démographique : 14 000 nouveaux élèves arrivent dans le secteur scolaire, c’est presque autant que le nombre de suppressions prévue de postes.

C’est une politique budgétaire à courte vue. Les conséquences seront dévastatrices sur l’emploi. Dans les zones sensibles ou en milieu rural, on ne compte pas le nombre de postes supprimés, ou de classes fermées. Mais on pourrait aussi parler des élèves sans affectation ou des services administratifs déréglementés. L’ensemble des élus locaux alerte les rectorats sur les conditions négatives de cette rentrée, à tel point que certains ne savent pas comment ils pourront faire face.

Lorsqu’on diminue sensiblement le nombre de postes aux concours, c’est aussi la situation de l’emploi qui est menacé, avec des étudiants qui ne trouveront pas de travail et une conséquence inquiétante pour l’avenir, lorsqu’on constate que de plus en plus d’étudiants se détournent des concours, alors que nous cherchons à améliorer le niveau de qualification.

Enfin, la diminution de la scolarisation des enfants de moins de 3 ans, participe de la destruction en règle des de l’école publique maternelle, ce qui constitue un désastre pédagogique pour les années à venir.

Cette rentrée se conjugue aussi avec des réformes régressives, notables :

• La suppression de la carte scolaire qui a crée un phénomène de ghettoïsation dans les établissements de quartiers en difficulté.

• L’affaiblissement de la qualité des enseignants, avec la réforme de la masterisation et la suppression des IUFM, avec seulement une logique comptable pour tout objectif et une forte réduction de moyens.

• Les nouveaux programmes des primaires et la mise en place de la semaine de 4 jours, sans négociation, avec une opposition majoritaire des enseignants et des organisations syndicales, en imposant à nos enfants les journées scolaires les plus lourdes d’Europe, ce qui va contre toute logique éducative.

• La disparition annoncée des Rased, pour les élèves en difficulté. Ceux des établissements prioritaires seront nettement moins bien accompagnés que les années précédentes.
A l’inverse, les discours du gouvernement et des ministres successifs, qui nous expliquent qu’il faut aider les élèves en difficulté vont à l’encontre de la politique de suppression des enseignants les plus qualifiés pour répondre à cette exigence.

• La diminution des auxiliaires de vie (AVS) qui jouent un rôle essentiel dans l’accueil des élèves handicapés. Le non renouvellement de leur contrat, se traduit par des arrivées de nouveaux AVS qui n’auront pas les compétences des précédents.

Nous condamnons le fait que l’allocation de rentrée scolaire n’ait pas été augmentée. Elle est insuffisante, voire injuste.

• La réforme du lycée. Contre toute attente, Luc CHATEL a annoncé dans les prochaines semaines, la nouvelle structuration du lycée. Nous pensons que la réforme du lycée doit être une priorité ministérielle, car il a besoin d’être transformé pour lutter contre l’échec et améliorer la transition avec l’enseignement supérieur. Si nous voulons une réforme, il faut la négocier mais pas avec un calendrier aussi serré. Soit les ambitions du ministre sont restreintes, ce qui est possible aux vues du rapport Descoings /Apparu, soit le ministre souhaite passer en force, ce que nous redoutons. Les défis de la réforme du lycée ne sont pas pour l’instant relevés par le ministre (revalorisation des filières professionnelles, mise en place de connaissances communes aux lycéens, conditions de la vie dans l’enseignement supérieur ou aux conditions de vie des lycéens).


Les propositions du Parti socialiste

Un retour à la confiance est nécessaire, à la fois pour des conditions sereines de rentrée, car la contestation parfois importante, peut nuire au bon fonctionnement de l’école, et surtout parce que face aux réformes indispensables, il est nécessaire d’avoir un moratoire sur l’ensemble des suppressions de postes avec une programmation pluriannuelle de recrutements.

Nous ne pensons pas que les moyens dans l’Éducation suffiraient en soi, mais c’est un préalable absolu à toute réforme. Ce doit être les conditions du changement, car il ne suffira pas d’injecter des moyens pour que l’école se porte mieux. En revanche, sans moyens, l’école ne peut pas s’en sortir surtout si elle parie sur la jeunesse. Si on est capable d’amnistier les évadés fiscaux en Suisse, on se dit qu’on est aussi capable de trouver quelques moyens supplémentaires à l’école.

• Nous proposons également un gel de la réforme de la masterisation, pour proposer une autre manière de recrutement des enseignants, ce qui permettra de professionnaliser les étudiants plus tôt, à l’appui de stages réguliers.

• La troisième proposition est le plan de lutte contre les inégalités scolaires, en renforçant les ZEP et en diminuant le nombre d’élèves par classes dans ces établissements, en essayant de valoriser les entreprises innovantes et en assurant la mixité sociale, par exemple.

• La quatrième proposition sera probablement au centre du projet éducatif que nous construisons pour les prochaines élections nationales. Nous souhaitons lancer un vaste chantier d’amélioration des méthodes pédagogiques, de la maternelle au lycée. Nous souhaitons que les élèves soient au centre des réformes pédagogues et que le système scolaire s’adapte aux besoins des élèves, à leur situation sociale et à leurs difficultés.

Nous souhaitons également une revalorisation des métiers de l’Education, en termes de rémunération, notamment. Il faut une réflexion sur les modalités incitatives des jeunes enseignants qui se retrouvent dans les établissements les plus difficiles. Il faut que les enseignants qui ont davantage de savoir faire, puissent aussi enseigner dans ces établissements.

• La dernière proposition prévoit une augmentation nette de l’allocation de rentrée scolaire, surtout pour le collège et le lycée. Nous souhaitons qu’elle passe de 217 à 400 euros pour le collège et de 306 à 450 euros pour le lycée, car c’est à ce niveau que les familles ont le plus de mal à faire face aux dépenses.

Le Bureau national se saisira aujourd’hui de la question de la rentrée scolaire, avec notamment le sentiment de nos élus locaux qui doivent faire face aux conditions dégradées pour cette rentrée scolaire.

Martine AUBRY, la Première secrétaire ira demain à Bondy à 14 heures, à la rencontre de la communauté éducative et pour échanger avec le personnel de l’éducation et les parents d’élèves.

Le Parti socialiste a également édité un tract qui est à disposition des sections et que les militants vont distribuer. Des réunions publiques seront organisées par les fédérations, avec l’appui de collectifs publics, crées par les syndicats ou les associations de parents d’élèves de gauche, pour informer la population.

Nous avons lancé une réflexion sur le projet éducatif dans le cadre de l’élaboration de notre projet. Martine AUBRY a insisté sur ce point dans son discours de rentrée à la Rochelle. Des assises sont annoncées à la fin du premier trimestre 2010. D’ici là, nous rencontrons ceux qui travaillent dans ce secteur pour élaborer un projet politique global, prenant en compte le rôle des enseignants, les élèves ou les familles. Aucun thème ne doit nous échapper pour éviter les écueils des projets éducatifs précédents qui se contentaient de présenter un mille-feuille de propositions catégorielles, sans cohérence globale.

Lorsque Martine AUBRY dit que la force du projet socialiste, ce sera avant tout la force de ses valeurs, c’est la même chose pour l’Éducation. Notre vision est radicalement différente de celle du gouvernement, car nous souhaitons, particulièrement dans ce domaine, un service public de qualité.

En réponse à une question sur l’épidémie de grippe A, pour savoir si le gouvernement en fait trop ou pas assez à ce sujet, Bruno JULLIARD indique:

Il faut prendre en compte le danger, tout en évitant une dramatisation excéssive. Les déclarations de Luc CHATEL à ce sujet ont généré une certaine crainte, voire une incohérence. Il suffit pour cela de se référer aux propos de Nadine MORANO, signalant qu’on ne fermerait pas les crèches, ce que Luc CHATEL a démenti.

Nous n’avons vu aucune proposition du ministre sur la protection du personnel des établissements scolaires.

Par ailleurs, un dispositif a été prévu par le gouvernement, sauf que les moyens matériels pour le mettre en place, n’existent pas. Il n’y a par exemple, pas assez de lavabos pour que tous les élèves puissent se laver les mains. Même chose pour le manque de mouchoirs en papiers.

Cette situation est difficile à gérer, mais nous souhaitons que le gouvernement tienne vraiment compte de 2 remarques :

Il est contradictoire de dire que l’accueil des élèves est indispensable, alors que l’on réduit le nombre d’infirmiers scolaires et qu’on ne sait pas comment on va prendre en compte les élèves qui seront touchés.

Le second problème est celui de la continuité pédagogique, où l’on nous dit que l’on va mettre en place des cours par le biais de la radio, d’internet ou de la télévision, ou du réseau d’enseignement à distance. C’est insuffisant, car cela ne permettra pas une poursuite du lien pédagogique. C’est pourquoi nous demandons que sous forme par exemple d’heures supplémentaires, on puisse maintenir un lien pédagogique adapté avec les élèves, par le biais de fiches de lectures ou d’exercices. Dans le cas de fermetures de classes, nous savons d’ores et déjà lesquelles seront pénalisées, notamment les familles qui n’auront pas les moyens d’accompagner les élèves. La fracture sociale peut avoir des conséquences ravageuses, même si cela doit coûter de l’argent.

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